LA VIGNE

Dans le site vin-de-france.net, nous parlons beaucoup des différents vignobles que comporte la France. Dans un souci d’informations complètes, nous avons souhaité également vous présenter de façon plus précise l’histoire de la vigne, ainsi que ses caractéristiques botaniques.

On peut dire que la vigne est une plante presque unique en son genre, simplement à cause de l’éventail des variétés cultivées ; leurs comportements conditionnant les pratiques culturales du vigneron.

 

Parlons de la botanique.

La vigne est une plante pérenne, ce qui implique que le vigneron doit avoir un programme cultural établi sur plusieurs années voir même plusieurs décennies. À l’état sauvage la vigne est une plante qui pousse en forêt et s’agrippe aux arbres. Ceci explique que le vigneron soit obligé de la palisser et de la tailler afin de limiter sa production de bois et bien évidemment d’accroître la production de raisins.

La vigne est très résistante, elle est capable de survivre à de longues périodes de sécheresse ou également à de longues périodes d’humidité. La vigne est une plante vivace ; elle est capable de se multiplier de plusieurs façons : par voie sexuée, par bouturage ou par greffage.

Elle fait partie de la famille des vitacées. Cette famille comprend une dizaine de genres dont celui de la célèbre vigne vierge, en latin " Ampelopsis ". Le genre qui nous intéresse est le genre Vitis. Ce genre comporte une cinquantaine d’espèces. Parmi ces espèces 18 sont d’origine américaine. Dans ce cas on parle de Vitis rupestris, Vitis riparia, Vitis Lambrusca, Vitis california ...

Certaines de ces espèces sont utilisées depuis la crise phylloxérique de la deuxième moitié du XIXième siècle comme porte greffe. Nous parlerons plus loin de cette fameuse crise phylloxérique, de son histoire car elle a failli détruire la totalité des vignobles européens au cours du XIXème siècle.

Il existe une seule espèce européenne. Il s’agit de " Vitis vinifera ". Elle est à la base de la production des vins de qualité. Elle comporte plusieurs milliers de variétés. Les variétés sont appelées communément : cépages. Rien qu’en France nous comptons plus de 500 cépages, qui ont été décrits de façon précise ; nous connaissons tous les plus classiques (Pinot, Cabernet Sauvignon, Grenache, Syrah, Gamay, Sauvignon, Chardonnay.)

Dans les pays tempérés comme la France, la vigne connaît 2 périodes : une période de repos et une période d’activité qui se décompose en plusieurs phases.

La période de repos correspond à l’hiver et commence lorsque les températures baissent. Pendant cette période la vigne donne l’impression de dormir. Toutefois, il existe encore une activité interne et biochimique relativement importante. Par exemple, les réserves de la vigne sont stockées sous forme d’amidon et lorsque les températures descendent au-dessous de zéro la plante va transformer cet amidon en sucre. Ainsi elle va augmenter sa résistance au froid. Il est inutile de préciser que pour cela la vigne doit avoir emmagasiné suffisamment de réserves durant son cycle végétatif.

Comme toutes les plantes de nos régions tempérées l’activité extérieure de la vigne démarre au printemps lorsque la température du sol atteint 10 à 12°. Cette première activité se manifeste par des pleurs. Nous n’entendons pas par là que la vigne nous crie sa douleur après avoir été taillée. Tout simplement il s’agit de remontées de sève au niveau des plaies de taille. Il n’est pas rare de constater que les pleurs durent près d’un mois ; le temps que les plaies de taille soient cicatrisées. Même si les pleurs sont abondants la souche de vigne n’est pas affectée ni affaiblie par ces remontées de sève. Par contre ils peuvent mouiller les jeunes bourgeons et ainsi accroître leurs sensibilités au gel.

La phase suivante est le débourrement : c’est le début de la phase de croissance. Les bourres s’écartent et laissent apparaître les bourgeons. Les bourres sont une sorte de duvet qui protège les bourgeons du froid pendant l’hiver. Le débourrement est une période difficile pour la vigne car elle puise dans ses réserves qu’elle aura accumulé pendant l’année précédente. En effet les feuilles nourricières ne sont pas encore présentes.

La croissance de la vigne est fonction de la température. Après le débourrement nous allons arriver à la feuillaison. C’est le moment où les feuilles apparaissent et commencent à se développer. Lorsque les conditions sont réunies les pampres peuvent s’allonger jusqu’à 5 cm par jour. C’est à ce moment là que le vigneron va devoir commencer à organiser l’entretien de sa vigne, pour cette période l’entretien consistant à permettre un bon développement de la vigne. Deux mois après le débourrement nous assistons à la floraison qui s’accompagne bien évidemment de la fécondation. La floraison dure entre une et trois semaines. C’est l’une des phases les plus critiques de l’évolution de la vigne. C’est en effet à ce moment que la récolte va se décider. En cas de mauvaises conditions climatiques la fécondation n’aura pas lieu ou que partiellement : on appellera ce phénomène la coulure. Certaines années la fécondation est imparfaite et les ovaires mal fécondés produisent des grains qui restent petits et qui n’atteindront jamais leur maturité. Nous appelons çà le millerandage.

Si tout s’est bien passé l’ovaire va devenir un grain de raisin : cette période s’appelle la nouaison. Le raisin va grossir rapidement pendant quelques semaines mais les baies vont rester vertes. Au mois d’août 2 phénomènes vont se produire parallèlement. Tout d’abord le phénomène concernant les bois : on parle de l’Aoûtement, les sarments de l’année changent de couleur et passent du vert au brun et deviennent ligneux.

à ce moment là le raisin a reçu la quasi-totalité des matériaux nécessaires à sa maturation et la vigne va commencer à faire ses réserves en amidon.

Les grains changent de couleur ; on appelle ce phénomène la véraison. C’est à ce moment là que les pépins vont se développer et c’est également à ce moment là que la maturation commence. L’acidité du raisin diminue et la quantité de sucre du fruit augmente. On considère que la maturation est atteinte lorsque la quantité de sucre dans le raisin est stationnaire. Il me semble plus judicieux de dire que la maturité est atteinte lorsque l’équilibre entre l’acidité et la quantité de sucre dans le raisin est optimum ceci afin d’obtenir un vin équilibré.

Après nous pouvons parler de surmaturation. Cette technique est utilisée pour faire les vins liquoreux. Il existe plusieurs techniques de surmaturation que nous aborderons de façon plus précise dans une autre page de vin-de-france.net. C’est au moment de la maturité que le vigneron va récolter le fruit de son labeur. Les vendanges sont là et nous espérons tous que la météo nous sera clémente.

Dans le courant du mois d’octobre et du mois de novembre la vigne commence à perdre ses feuilles. On appelle ça à la défeuillaison. C’est ainsi que se termine le cycle végétal actif de la vigne.

Durant le cycle de développement de la vigne, le vigneron va travailler son vignoble en fonction de l’exposition de ses vignes, des cépages, et du vin qu il va vouloir obtenir. Chaque région de France, chaque cépage, chaque terroir, chaque micro climat, chaque vigneron, va avoir des comportements différents selon l’année et selon le lieu. On peut ainsi dire que la vigne et la viticulture ne sont pas des sciences exactes. Elles dépendent énormément des facteurs climatiques ainsi que des humeurs et des vignerons.

Nous avons parlé plus haut que les vignes qui produisaient du vin s’appelaient Vitis vinifera et qu’il existait près de cinq cents variétés différentes en France qu’on appelle communément les cépages. Nous allons donc parler de ceux ci.

 

 

Les Cépages

Quelques esprits chagrins diront que le mot cépage correspond plus à une définition vigneronne qu’à une définition botanique. Pour ma part je pars du principe qu’il s’agit de deux synonymes correspondant à deux activités différentes.

Les botanistes estiment que les cépages ne sont pas homogènes et qu’il s’agit effectivement d’un mélange de forme voisine confondue dans un même terme. Là nous rentrons dans le domaine de la biologie, et je ne pense pas que ce soit notre propos. Pour terminer ce petit différend entre les botanistes et vignerons nous pourrons dire que plus le temps passe, plus les cépages sont effectivement des unités botaniques puisque le vigneron travaille de plus en plus avec des clones.

Le clone est le nom que l’on donne à une population de vignes ou de plantes et généralement issu de la même plante de base. L’utilisation de ces clones est très intéressante puisqu’elle permet notamment une maturation et une évolution générale de la vigne à un même champ de vigne; les seules variations possibles ne venant que du Terroir.

Toutefois il est important de préciser que dans ce cas là, les plants de vigne sont sensibles au même maladie. Il est important de savoir qu’en cas de sensibilité à une maladie ou un parasite non connu ou dont nous ne connaissons pas le traitement, le vignoble complet est en danger. Le Phylloxéra est un exemple de catastrophe, qui a mis en péril les vignobles mondiaux. La dernière crise dangereuse date des dernières années. Le vignoble californien a été mis en péril par le B phylloxéra, qui malmena sérieusement ce vignoble.

 

Les cépages ont un territoire naturel d’extension et de prédilection. En effet il semble difficile de voir pousser des cépages comme la Syrah, le Grenache en Bourgogne ou en Champagne pour des raisons de somme de température. Je serais tenté de dire que les vignobles du sud de la France ou du sud de l’Europe sont plus avantagés que les vignobles du nord. En effet un Chardonnay, un Pinot noir et un Cabernet Sauvignon peuvent parfaitement pousser dans le sud de la France mais il est important de constater que même si les cépages du nord de la France poussent dans le sud, il n’en reste pas moins vrai qu’un chardonnay ou un Pinot Noir ne donneront leur meilleur ou en tout cas leur plus grande expression que dans les régions bourguignonnes ou champenoises. Je ne veux en aucun cas dire que les Chardonnay, Pinot noir produits dans le sud de la France ne sont pas bons mais tout simplement qu’ils seront la plupart du temps bien meilleurs tant les régions septentrionales.

Dans le paragraphe précédent je vous ai parlé des différents lieux de production de la vigne et des variations dues aux facteurs climatiques. Je vais maintenant vous parler en général de la limite d’expansion de la culture de la vigne en Europe. On peut dire que la culture de la vigne couvre l’Europe centrale et occidentale depuis les rives de la mer Caspienne jusqu’à l’atlantique. L’Europe du nord est dans l’incapacité de produire des raisins pour la vinification on peut dire que la limite nord de la production de raisins aptes à la vinification va de la région nantaise plus exactement du nord de la région nantaise en passant par le Luxembourg, sud de l’Allemagne, l’extrême sud de la république tchèque de la Slovaquie du sud de l’Autriche jusqu’à la mer.

Les témoignages ethnologiques et archéologiques laissent à penser que la culture de la vigne date de quelques millénaires avant Jésus-Christ et qu’elle se situerait au départ dans la région transcaucasienne. La culture de la vigne se serait étendue chez les Grecs puis en Italie pour arriver jusqu’à l’atlantique. On peut dire que pendant près d’un millénaire les cépages français n’ont peu ou pas évolué et c’est à l’avènement de la crise phylloxérique que les vignobles français et européens ont été bouleversés notamment par l’arrivée des portes greffes d’espèce américaine qui ne sont pas sensibles au Phylloxéra.

Pour en revenir aux lieux de la culture de la vigne outre la latitude qui est importante, il ne faut certainement pas négliger l’altitude. Elle joue un rôle très important à cause de ses variations climatiques qu’elle engendre. On peut dire qu’en France la vigne prospère généralement entre 0 et 300 mètres d’altitude. Il existe quelques exceptions où le vignoble est à une altitude plus élevée mais dont l’exposition est extrêmement privilégiée. Le relief joue également un rôle très important. Les vignes qui sont cultivées en plaine donnent généralement des rendements élevés. Les vignes cultivées en coteaux donnent des rendements moindres et par contre une qualité accrue. Vous n’êtes pas sans savoir que certains coteaux ont une pente si forte que le vigneron est obligé de consolider les terrains de cultures en construisant des terrasses et d’utiliser des systèmes culturaux utilisant la plupart du temps la force humaine. En effet par exemple il n’est pas rare après un gros orage estival que les vignerons du Beaujolais par exemple remontent la terre descendue par la pluie.

 

Le climat :

La vigne exige, pour prospérer et donner suffisamment de fruits, des conditions climatiques particulières. Il est toutefois amusant de remarquer qu'à l’exception du sud-ouest de la France, la vigne prospère dans des régions dont les conditions climatiques ne sont pas assurées. Dans les régions méditerranéennes elle souffre du manque d’eau estival. Dans le nord de la France elle souffre souvent d’un surplus humidité et bien sûr des températures négatives au début de sa végétation. C’est là que le travail du vigneron prend toute son importance.

La vigne est très gourmande en température et en luminosité entre la période de la floraison et la maturité. Au moment de la maturité elle a besoin de température voisine de 30 degrés. Ces températures sont nécessaires pour diminuer l’acidité naturelle du raisin.

L’ensoleillement est presque aussi important car il favorise la richesse en sucre du raisin.

Des pluviosités de 400 à 600 millimètres par an constituent des conditions idéales pour la pour le développement de la vigne. Les capacités d’adaptation de la vigne lui permettent de résister parfaitement à des conditions de pluviométrie supérieures.

Comme pour toutes cultures agricoles les aléas climatiques condamnent le vigneron à une insécurité permanente malgré ses efforts et son travail.

Tout au long de l’année la peur est présente sous différentes formes selon la période.

Au printemps le froid et le premier sujet d’inquiétude, c’est à ce moment que les gelées de printemps peuvent détruire les pousses à peine sorties de leurs bourgeons. On peut constater parfois des pertes de récoltes supérieures à la moitié d’une récolte normale, en cas de forte gelée. Certaines régions où les gelées sont fréquentes le vigneron a adapté le travail de la vigne. En Champagne les vignes sont conduites sur fil de fer afin d'éloigner les pousses du sol. Il existe d’autres systèmes pour combattre les gelées comme : la création d’un nuage artificiel de fumée qui limite la baisse de température, la taille tardive, l’aspersion et le mouvement d’air par d’énormes hélices voir dans certains vignobles très riches par hélicoptère.

Pour mémoire, les gelées hivernales peuvent tuer une vigne. En effet lorsque la température baisse au-dessous de moins 15°c de façon brutale les ceps peuvent mourir.

La seule protection qui peut être utilisée est le buttage des ceps à l’automne. Cette pratique est utilisée dans les vignobles extrêmement septentrionaux.

Le vent peut avoir également des effets néfastes sur la vigne au printemps. Il peut casser les pousses encore jeunes et fragiles. Il faut donc mettre les vignobles à l’abri du vent. Dans le sud de la France des rideaux de cyprès sont utilisés pour résoudre ce problème.

Pour la pluie, il n’existe pas de protection connue. Il faut simplement éviter qu’elle reste stagnante dans la vigne. Pour éviter ce genre de problèmes les plantations sont faites dans le sens de la pente. Par contre elle provoque automatiquement une autre souci en cas de fortes pluies: la terre est entraînée en bas des pentes. Dans le cadre de forte érosion possible le vigneron a comme possibilité de cultiver ses vignes en terrasse par exemple la colline de l’héritage.

La grêle peut compromettre une récolte complète. Au fil des siècles la lutte contre la grêle a utilisé les moyens les plus divers et variés. En effet au XVIIIème siècle en Beaujolais on utilisait des canons paragrêle " parfaitement   inefficaces " puis des fusées paragrêle à l’efficacité douteuse, au mieux on envoyait la grêle chez le voisin. Dans certaines régions on sonnait les cloches pour écarter les nuages jaunes et menaçants. Les vignerons comme tout le monde ne sont pas avares de miracle! Dans certaines régions à fort risque de grêles, la force publique met en marche des brûleurs dégageant des nuages de sulfure d’argent, qui chassent les nuages. Dernièrement dans les Pyrénées-Orientales un orage de grêle a touché près de 5000 hectares de vignobles. Les vignerons désemparés ont reproché à Météo-France de ne pas avoir prévu cet orage de grêle!

Malheureusement je pense que la seule et unique protection contre la grêle pour le vigneron est la compagnie d’assurances. Après la grêle, il ne reste plus qu'à effectuer un sulfurage pour éviter l’invasion de maladie et pratiquer l’année suivante une taille courte pour ne pas surmener la plante qui a été fortement affaiblie.

Vous pouvez constater que la vie paysanne du vigneron n’est pas sans stress face à quelque chose de malheureusement non maîtrisable, la météorologie.